billet d’humeur

samedi 16 mars 2024
par  Gilles

Alors que reste-t-il comme moyens aux classes dominantes qui gouvernent cette masse, indistincte à leurs yeux, pour que le troupeau ne s’égare pas sur les chemins périlleux du questionnement, à défaut de gober les réponses toutes faites. Le risque, ne serait-il pas qu’il trouver sa raison ailleurs que dans les poncifs lénifiant que nous assènent les répétiteurs de la pensée officielle, celle qui ne se conçoit que sur l’instant, sans autre perspective que d’appartenir au passé avant d’être prononcée, celle qui s’affranchit de l’embarras du contexte et de l’égarement dans les profondeurs de l’histoire. Le bavardage prend allure des yeux à la surface d’un bouillon clair, le goût des eaux saumâtres en plus.
Alors les hommes au service recyclent les vieilles chimères de la courte vue, celles tant usitées que déjà usées.

On en appelle à l’ordre, celui de la nuque rase et au menton proéminent, celui du marcher droit et des rangs serrés. Voilà qui rassurera déjà les natures inquiètes , les perdants perdus, les obsessionnels de nuits paisibles, les cerveaux rongés par la douleur arthritique de leur os. Pour ceux-là, la menace de l’allongement de la durée d’un labeur incertain suffit à les accabler davantage. La coercition est toute trouvée. Ils sont déjà vaincus par la pente glissante des courbes ineptes et le poids des chiffres saugrenus. Pour les plus fringants sûrs des honneurs de leur mérite, il suffit de désigner les proximités turbulentes, les jeunes bien sûr, menaçants par nature, ceux des voisins avant tout.

Les digues lâchent, elles nous submergent. Quand, un système ne sait plus répondre aux catastrophes qu’il engendre, il faut qu’il en invente d’autres en appui sur le déni de réalité. Notre société est de plus en plus inégalitaire, qu’importe ce serait un fait de tout temps. Inutile d’invoquer les droits que de toute façon les gouvernants ne cherchent pas à satisfaire. Leur solution, ils la puisent dans les eaux brunes des idéologies inégalitaires. Ils leur suffisent de faire accroître que certains auraient plus de droits que d’autres, en rupture avec les fondements d’une République. Le terme de l’humiliation est tout trouvé : nous et eux.

Eux, ils auront leur "chemin de Canossa", au sens propre. Plus de droit au logement, ils dormiront dehors, les pieds dans la neige, femmes et enfants compris, surtout eux d’ailleurs. Plus de droit du travail, ils vogueront au gré des "métiers en tension" à n’importe quel prix au bon vouloir de l’employeur. De stabilité, qu’ils n’y comptent pas, l’administration saura organiser les rotations, fini la carte de 10 ans. Le préfet aux ordres décidera selon l’air du temps et des humeurs politiciennes. Plus de droit à la santé, l’assurance maladie leur est interdite et le droit au séjour refusé pour les personnes malades ce qui va à l’encontre de la jurisprudence européenne.

Non pas que les zones de non-droit n’existaient pas, elles sont maintenant instituées dans des lois. Et pire, ces lois sont prises en notre nom. N’a-t-on pas entendu à longueur d’antennes : "C’est ce que veulent les Français". Les Français n’en mesurent pas les conséquences. Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, ils passeront eux aussi à la trappe. L’emploi que perdra l’immigré lui sera proposé au même tarif. Les artistes de la manipulation évoqueront l’intérêt de la bonne santé de l’économie et la faute de l’immigré qui se contente de conditions de travail indignes, comme s’il en était à l’origine.
Pour finir ce long discours, il me semble nécessaire, voire primordiale, de continuer à se mobiliser, à dénoncer les dérives d’un capitalisme liberticide et autoritaire, à s’indigner, à être lanceur d’alerte, de continuer à combattre toutes les discriminations, à défendre les plus précaires.

Il est question ici et maintenant de sauver notre humanité dans les deux sens du terme (globale : la terre -environnement-, personnel -sens de l’autre, empathie, compassion, partage).
Ne tombons pas dans un humanisme gluant mais participons tous avec nos moyens à un humanisme de combat non violent fait d’’information (hors des réseaux sociaux et des chaines d’info continue) et de transmission des savoirs.


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