RENCONTRES DE VIENNE 10 au 13 mai 2006 en Autriche

ENLAZANDO ALTERNATIVAS 2 (2ème Contre Sommet « Tisser des Alternatives »)
mercredi 24 mai 2006

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A Vienne, en mai 2006 et pour la quatrième fois depuis 1999, a eu lieu le
sommet des chefs d’Etat et de gouvernements d’Amérique latine, des
Caraïbes et de l’Union européenne. Parallèlement à la réunion officielle,
des mouvements sociaux et des organisations sociales et politiques ont
organisé des rencontres alternatives appelées « Enlazando Alternativas 2 »
(Tisser des Alternatives). Voici la déclaration finale de ce contre sommet :

« Nous, hommes et femmes membres de mouvements, d’organisations sociales
et politiques d’Amérique Latine, des Caraïbes et d’Europe, nous nous
sommes donné rendez-vous à Vienne du 10 au 13 mai 2006 pour exprimer notre
opposition et notre résistance aux politiques néolibérales de libre
échange que les gouvernements de ces régions mettent en œuvre dans nos
pays et qu’ils proposent comme cadre d’un nouvel Accord d’Association.
Nous rejetons la position de l’Union Européenne qui cherche à impulser une
Aire de Libre Echange dans toute la zone en 2010, mais aussi sa volonté d’approfondir
les accords déjà existants avec le Mexique et le Chili, de concrétiser un
accord avec le Mercosur, et de promouvoir des accords similaires avec l’Amérique
Centrale et la Région Andine. Nous avons également pris rendez-vous pour
avancer dans la construction d’un dialogue politique et social entre les
peuples parce que nous revendiquons le droit de proposer des alternatives
et que nous croyons dans notre capacité à les formuler.

Face à la politique d’agression et de pillage des Etats-Unis, la
résistance populaire se répand en Amérique Latine et aux Caraïbes. Aujourd’hui,
s’y ajoute la résistance aux tentatives de l’Union Européenne d’imposer sa
politique libérale. Le rejet populaire de la Constitution Européenne
néolibérale et militariste par les peuples français et hollandais est un
exemple de la résistance des peuples européens aux politiques néolibérales
de leurs propres gouvernements et des institutions communautaires qui
démantèlent les conquêtes sociales et les systèmes publics de protection
sociale. Face à cette croissance de la résistance populaire, les
gouvernements répondent par la criminalisation du mouvement social. Nous
cherchons donc à mondialiser cette résistance populaire, résistance de
tous ceux et de toutes celles qui, dans l’exclusion, le chômage, la
marginalisation ou l’oppression, se rassemblent pour proposer un monde
différent.

Les préoccupations qui nous avaient réunis à Rio et à Madrid et qui,
finalement, avaient donné lieu à la première rencontre « TISSER DES
ALTERNATIVES » à Guadalajara en mai 2004 sont encore d’actualité aujourd’hui,
en Amérique Latine comme dans l’Union Européenne.

Les enseignements que nous avons accumulés après 10 ans de NAFTA et 6 ans
d’Accord d’Association avec l’Union Européenne sont suffisamment clairs
pour fonder notre positionnement politique face au Libre Echange basé sur
le secret et l’asymétrie des relations entre acteurs riches et pauvres.
Les processus de désindustrialisation et de démantèlement des services
publics qui ont mis l’Amérique Latine dans une situation chronique de
pauvreté et d’exclusion sociale peuvent être cités en exemple. Mais cette
même vague néolibérale s’exprime en Europe dans la directive Bolkestein
qui impulse la libéralisation des services, dans le nivellement par le bas
des règles du travail, la crise de l’Etat social, la menace envers les
agriculteurs et la mise en péril de la souveraineté alimentaire. Le
développement d’un climat hostile où prolifèrent la désintégration
sociale, la xénophobie, la violence de genre, les explosions urbaines et d’autres
symptômes sont les résultats les plus visibles d’une crise globale à
laquelle nous ont menés ces années du Consensus de Washington.

Nous questionnons le rôle des multinationales européennes en Amérique
Latine : Loin d’être un facteur de développement et de paix sociale, elles
ont mis en danger l’accès aux services de base (eau, électricité,
téléphone) et donné lieu à des conflits massifs entre les usager(e)s des
services publics ; Elles ont stimulé le pillage et l’extraction non
contrôlée des ressources naturelles causant la dégradation de l’environnement.
Les effets négatifs de ce modèle vont se multiplier avec l’application des
accords de libéralisation commerciale et les grands projets d’infrastructure
comme la IIRSA (Intégration de l’Infrastructure Régionale du Sud de l’Amérique)
et le PPP (Plan Puebla Panama).

En ce qui concerne l’Eau, droit de l’Homme et bien commun de l’humanité,
les processus de privatisation des systèmes publics dans différents pays
et régions d’Amérique Latine représentent pour les multinationales et les
entreprises européennes une grande occasion d’augmenter leurs profits et,
en même temps, de saper le pouvoir de décision des peuples sur leurs
territoires et leurs vies. En Amérique Latine comme en Europe, la
privatisation a engendré une énorme augmentation des tarifs, elle a baissé
le niveau de vie des citoyen(ne)s et des travailleurs(euses) et détérioré
le système hydrique.

Les multinationales pétrolières européennes ont exproprié les richesses en
hydrocarbures des pays latino-américains depuis des décennies : Elles ont
pillé les ressources, détruit les peuples, les communautés et l’environnement.
Toute relation entre l’Amérique Latine et l’Europe doit être basée sur le
respect de la souveraineté des peuples, le respect de leurs ressources et
des processus de renationalisation des hydrocarbures qui ont été entamés
dans la région.

L’accès à la Terre est un droit fondamental, de même que la défense de la
propriété collective des terres des paysans indigènes menacée aujourd’hui
par les programmes de titres individuels de propriété développés par des
organismes internationaux. Nous militons pour une mise en œuvre dynamique
de la Réforme Agraire. Nous affirmons que les ressources naturelles et les
savoirs traditionnels sont le patrimoine des peuples, comme la
biodiversité. Ce sont des biens communs qui ne peuvent pas être
marchandisés. Nous sommes contre les cultures transgéniques et contre le
modèle agro exportateur qui engendre l’expulsion de populations entières
et ruine les économies paysannes.

La Banque Européenne d’Investissement (BEI), comme d’autres établissements
bancaires européens, montre un intérêt croissant pour le financement d’investissements
en Amérique latine. On peut douter de la portée de l’aide financière
offerte par ces banques et du bénéfice réel pour les peuples d’Amérique
Latine.

C’est sur cette scène stratégique néolibérale favorisée par les
gouvernements tant européens que latino-américains et impulsée par leurs
assemblées, que se déroule le sommet des Présidents d’Amérique Latine et
de l’Union Européenne : Il répète à nouveau son agenda rempli de promesses
vides, qui cachent les véritables intentions d’accélérer les accords de
libre-échange bi régionaux. Par ailleurs, l’Union Européenne poursuit son
processus d’élargissement à de nouveaux états membres, processus basé sur
une orientation néolibérale qui ne peut que se traduire par de nouvelles
crises, encore plus aigües, en son sein.

En ce qui concerne la possibilité d’un Accord d’Association entre nos
régions, nous affirmons que, pour qu’il soit juste et qu’il apporte un
bénéfice à nos peuples, il doit sortir du modèle et des règles du libre
échange : Nous ne voulons pas de « Libre échange » entre l’Europe et l’Amérique
Latine. Nous voulons des relations commerciales et des espaces de
coopération entre nos régions qui favorisent le bien-être de nos peuples,
la souveraineté de nos pays, le respect de la diversité culturelle et qui
ne soient pas dévastateurs de notre environnement. Nous nous opposons à un
agenda du libre échange au service des intérêts des compagnies
multinationales européennes et des élites exportatrices d’Amérique Latine.

Nous considérons que le dialogue politique et la coopération proposés au
sommet des chefs d’Etats sont vides de sens. La confluence d’intérêt entre
la majorité des gouvernements d’Amérique Latine ou de l’Union Européenne
et les multinationales y est apparue clairement, avec la tenue du forum
des entreprises pendant le sommet et les relations privilégiées qui s’y
sont affichées. Dans l’étape actuelle de l’Europe, les gouvernements
européens ne sont pas les plus indiqués pour parler de cohésion sociale.
Pour parler de dialogue politique, les conditions d’une participation
réelle des mouvements sociaux doivent être créées et ne peuvent être
limitées simplement à des espaces de consultation. La coopération doit
être un instrument qui apporte du bien à nos peuples alors que,
actuellement, c’est un instrument agressif basé sur une rhétorique
marchande qui facilite le pillage et le contrôle de nos territoires, nos
ressources et nos services publics.

La séance du Tribunal Permanent des Peuples sur les politiques
néolibérales et les multinationales européennes en Amérique Latine a fait
apparaître clairement la nature systémique de l’attitude des
multinationales, leur lobbying quant à la création de lois qui les
protègent et le rôle stimulant des organismes internationaux comme l’OMC,
le FMI et la Banque Mondiale pour faciliter et garantir leurs profits.
Alors que, du côté des usagers, consommateurs, travailleurs, du côté du
public en général, on se trouve sans défense et que la violation des
droits est la logique dominante. Nous considérons donc qu’il est d’une
importance primordiale de promouvoir la création d’un espace bi régional
de surveillance, de dénonciation et de lutte contre les compagnies
multinationales, afin de stopper leurs procédés arbitraires, fruit de leur
pouvoir globalisé.

Dans le monde de la post-guerre froide, la sécurité ne se limite pas à
appeler vainement à opposer uni polarité et multipolarité. Cette
opposition cache un jeu pervers qui combine la condescendance implicite
envers les politiques guerrières avec un appui ouvert ou un rejet qui
pacte avec elle. Le résultat de cette pratique unipolaire a laissé des
milliers de victimes dans le monde entier, elle a amené la faillite de la
promesse de paix avec la guerre illégale contre l’Irak et la possibilité
imminente d’une guerre à plus grande échelle avec l’Iran. L’Amérique
Latine ne peut pas accepter les politiques néocoloniales présentes dans
les accords proposés par l’Union Européenne sous prétexte de calculs
géopolitiques où nos pays ne comptent même pas.

Nous défendons un système économique multilatéral qui régule les flux de
capitaux, qui stimule la complémentarité des économies, qui favorise des
règles claires et justes d’échange commercial, qui laisse les biens
publics en dehors de la marchandisation, qui permette de réduire les
écarts économiques Nord/Sud aggravés par une dette externe en augmentation
constante. Nous parlons donc d’un système multilatéral qui, évidemment, n’est
pas l’Organisation Mondiale du Commerce.

L’approfondissement des actuelles asymétries économiques nous préoccupe
car elles portent nos régions vers des scénarios où la perte d’emploi
engendre d’un côté la migration mais d’un autre côté la rejette. Ce sont
ces scénarios, stimulés par la paranoïa terroriste alimentée et provoquée
par certains gouvernements européens, qui conduisent à la désintégration
et à la violence sociale, à la criminalisation des travailleurs et
travailleuses migrant(e)s d’une part et à la perte de la solidarité
sociale d’autre part. Nous exigeons le respect des travailleurs et
travailleuses migrant(e)s, la reconnaissance immédiate de leurs droits
civiques, sociaux et politiques ainsi que la fermeture de tous les centres
où ils sont détenus.

Nous exigeons le respect des droits humains économiques, sociaux et
culturels mais aussi les droits des femmes et des jeunes contre l’exclusion
sociale : Nous considérons qu’il est d’une primordiale importance de
mettre fin à la féminisation de la pauvreté. Nous militons pour une
justice qui ne favorise pas l’impunité de ceux qui ont commis des délits
contre les droits fondamentaux. Nous condamnons l’ethnocide et la
militarisation des territoires indigènes. Nous exigeons la reconnaissance
des droits des peuples indigènes à l’autodétermination, parce que seul le
respect de leur autonomie et de leurs cultures permettra que la planète
continue à jouir dans le futur des trésors dont ils sont les gardiens.

Nous plaidons pour la démilitarisation de la lutte contre le narcotrafic
utilisée en de nombreuses occasions comme une excuse pour réprimer les
luttes populaires, et nous appuyons la légalisation de la culture de la
feuille de coca et de ses dérivés pour des usages non narcotiques.

Nous dénonçons et nous condamnons les positions de l’Union Européenne qui
se met au service de la politique agressive des Etats-Unis contre Cuba,
nous condamnons les lois extraterritoriales comme la loi Helms Burton et
nous exigeons la reconnaissance et le respect de l’autodétermination du
peuple cubain dans la construction de son propre modèle politique,
économique et social.

Nous nous prononçons contre la privatisation des médias et pour leur
démocratisation. Nous appelons à une articulation et à un développement de
nos propres médias solidaires, qui construisent la citoyenneté et
garantissent la diversité et le pluralisme. En cela, nous saluons la
création et la consolidation de TELESUR.

Nous nous prononçons pour la fin du mandat de la force de l’ONU en Haïti,
qui renforce la militarisation de la région au lieu de contribuer à son
développement.

En Colombie, nous réclamons un accord politique pour résoudre le conflit
armé interne et l’instauration d’une paix dans la justice sociale. Nous
condamnons l’impunité et les lois récentes de réinsertion des
paramilitaires qui la généralisent, comme la loi mal nommée « Justice et
Paix ». A ce propos, nous réclamons l’application des recommandations des
Nations Unies et le respect des droits des victimes à la vérité, à la
justice et à la réparation.

Nous exigeons et travaillons ensemble pour la paix, la démilitarisation
des relations internationales, le désarmement, le démantèlement des bases
militaires et le retour des personnels militaires dans leurs pays d’origine.
Nous rejetons la militarisation et le complexe militaro-industriel qui
alimentent le néolibéralisme.

Nous exigeons la suspension des préférences douanières de l’Union
Européenne envers les pays d’Amérique Centrale et de la région Andine qui
violent les droits du travail et de l’environnement.

En tant que mouvements sociaux d’Amérique Latine, des Caraïbes et de l’Union
Européenne, nous réaffirmons notre volonté de renforcer la coopération, la
coordination et la solidarité dans toutes les luttes contre la flexibilité
du travail, pour un emploi digne et de qualité, pour le contrôle citoyen
des corporations et des multinationales, contre les politiques
néolibérales des gouvernements, pour la défense et l’approfondissement des
conquêtes sociales et laborales, pour la renationalisation de nos
ressources, de nos réserves naturelles et des services publics aujourd’hui
privatisés.

Face aux pratiques qui instrumentalisent l’application de politiques
néolibérales, des preuves concrètes de la volonté d’une vraie relation
basée sur l’intégration et la construction d’alternatives voient le jour
en Amérique Latine : Les exemples de l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour
les Amériques) impulsée fondamentalement par les gouvernements du
Vénézuela et de Cuba, ou du TCP (Traité de Commerce des Peuples) proposé
par le gouvernement de la Bolivie en résistance contre les Traités de
Libre Commerce sont une nouvelle étape d’initiatives souveraines, une
expression de ce courant de transformation et d’ouverture basé sur la
coopération et la solidarité. Nous saluons également les tentatives de
transformation du MERCOSUR en espace d’intégration viable et la création
de la Communauté Sud américaine des Nations. Nous, mouvements sociaux
latino américains, caribéens et européens, reconnaissons ces efforts et
nous engageons à contribuer au développement de ces initiatives tout en
gardant notre indépendance et notre identité de mouvements populaires.
Nous comptons sur la construction d’un véritable dialogue politique,
favorisé par l’échange ouvert et conséquent avec ces gouvernements.

Nous sommes certains que la nouvelle donne qui s’exprime à travers une
forte mobilisation sociale en Europe et en Amérique Latine, avec l’arrivée
de gouvernements de transformation comme celui du Vénézuela et de la
Bolivie, et d’autres gouvernements qui prennent leurs distances avec les
politiques de libre échange, contribuera à contrer les actuelles
politiques néolibérales et à commencer la route vers un nouveau processus
d’intégration à partir des peuples.

Le plus grand succès de notre 2ème contre sommet « TISSER DES
ALTERNATIVES » a été de mettre en évidence la convergence de nos analyses
et de nos actions contre les politiques néolibérales et les gouvernements
qui les mettent en œuvre. Nous, hommes et femmes des mouvements et des
organisations sociales en Europe, en Amérique Latine et dans les Caraîbes,
nous nous engageons à continuer d’articuler des initiatives pour créer
ensemble les conditions d’un monde plus juste et solidaire.

1.Non aux accords de Libre échange entre l’Union Européenne, l’Amérique
Latine et les Caraïbes. Non à cet ALCA européen et à la création de
clauses de sécurité qui défendent les intérêts du capitalisme.

2.Non à l’approfondissement des accords de libre échange avec le Mexique
et le Chili et à la concrétisation des accords de libre échange avec l’Amérique
Centrale, la région andine et le Mercosur

3.Oui à la suppression de la dette externe de l’Amérique Latine et des
Caraïbes envers l’Union Européenne et à la reconnaissance de la dette
historique. Nous ne devons rien, nous ne paierons rien. Nous ne sommes
pas débiteurs mais créditeurs.

4.Non à la Constitution Européenne. Non à la répression des migrant(e)s.
Non à l’Europe Forteresse. Non à la directive Bolkestein et à la
privatisation des services publics dans l’Union Européenne

5.Oui au renforcement de l’unité et de la convergence bi régionale des
mouvements sociaux de nos deux continents pour un autre monde possible,
juste et équitable, anti patriarcal et en paix avec la planète

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